Bonjour Ă tou·te·s đ
JâespĂšre que vous allez pour le mieux en ce dĂ©but dâoctobre. De mon cĂŽtĂ©, jâai eu lâoccasion de fĂȘter mes 35 ans chez âBargeâ, lâun des bons (et beaux) restaurants bruxellois. Parmi les innovations simples qui transforment lâexpĂ©rience gastronomique, proposer un accord mets et vins composĂ© de demi-verres de vins â idĂ©al pour profiter sans risquer le mal de tĂȘte. Innover, câest donc aussi rĂ©duire (ou âfaire moinsâ) pour amĂ©liorer lâexpĂ©rience. Et vous, quâest-ce que vous enlĂšveriez de votre prochaine expĂ©rience dâapprentissage pour lâamĂ©liorer ?
Merci dâavoir pris le temps de rĂ©pondre au sondage diffusĂ© dans lâĂ©dition prĂ©cĂ©dente. Les questions Ă©taient volontairement trĂšs ouvertes, et la richesse de vos rĂ©ponses mâaide Ă mieux positionner la proposition de valeur du livre. Jâai aussi pu constater lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de vos expĂ©riences par rapport Ă lâinnovation pĂ©dagogique, ce qui reste un dĂ©fi tant pour le livre que pour cette newsletter.
Pour celles et ceux qui se posent la question (et mâĂ©crivent Ă ce sujet), je ne suis quâau dĂ©but du processus de rĂ©daction. Jâai dĂ©fini lâangle de lâouvrage et rĂ©dige actuellement sa structure. Ă partir de celle-ci, jâinsĂšre les illustrations, concepts, mĂ©thodologies qui se retrouveront dans les diffĂ©rents chapitres. Jâessaie de baliser au mieux les fondations pour que la phase dâĂ©criture soit la plus fluide possible. Je continuerai Ă vous tenir au courant de mes avancĂ©es Ă travers cette newsletter et compte constituer dâici peu un groupe de lecteurs·rices pour mâaccompagner dans cette aventure.
Cette semaine, jâai Ă©tĂ© interpellĂ© par un article paru le 23 septembre dans La Libre, un quotidien belge francophone : âTrop d'Ă©tudiants ne maĂźtrisent pas les compĂ©tences numĂ©riques de base lors de leur entrĂ©e dans le supĂ©rieurâ. Sur 3464 Ă©tudiants interrogĂ©s, 84% estiment avoir de bonnes compĂ©tences numĂ©riques, mais quand on les interroge sur des compĂ©tences prĂ©cises, 43% nâatteignent pas les compĂ©tences de base du rĂ©fĂ©rentiel europĂ©en DigComp.
Le constat nâest malheureusement pas neuf. Cette publication mâa donnĂ© envie de vous partager, dans cette Ă©dition, un article que jâai Ă©crit en 2015 Ă propos des digital natives : les jeunes sont-ils nĂ©cessairement plus compĂ©tents avec les outils numĂ©riques ? Existe-t-il des diffĂ©rences entre les jeunes ? Pourquoi ne les forme-t-on pas Ă ces nouveaux usages ? Jâai apportĂ© une sĂ©rie de modifications et de rĂ©flexions complĂ©mentaires Ă la version originale. Je vous propose aussi une sĂ©rie dâidĂ©es pour soutenir les pratiques dâapprentissage de vos apprenant·e·s avec le numĂ©rique que vous soyez dans lâenseignement ou la formation professionnelle.
Bonne lecture,
Nicolas.
â Lâarticle de cette semaine est â principalement â Ă©crit au fĂ©minin. Pour rappel, si jâopte pour lâĂ©criture inclusive dans mon Ă©dito et dans les ressources, jâai choisi quâun article long format sur deux serait Ă©crit au fĂ©minin. LâidĂ©e est de simplifier la lecture, tout en conservant des considĂ©rations sociales et politiques qui me sont chĂšres.

En 1913, Thomas Edison, dans un entretien accordĂ© au New York Dramatic Mirror, indiquait que les livres seraient bientĂŽt obsolĂštes dans les Ă©coles, remplacĂ©s par les films scolaires. Il annonçait : âNos travaux montrent de façon concluante la valeur des films dans lâenseignement [...], ce qui rend les connaissances scientifiques, difficiles Ă comprendre dans les livres, claires et simples pour les enfants.âÂ
Force est de constater que plus dâun siĂšcle plus tard, mĂȘme si la vidĂ©o garde un rĂ©el intĂ©rĂȘt pĂ©dagogique, elle nâa ni remplacĂ© les livres ni les enseignantes.
Dans le monde de la formation comme dans la société, il existe des mythes plutÎt tenaces.
Parmi ceux-ci, il y en a un qui semble particuliÚrement résister au temps qui passe : celui des digital natives. Les individus qui ont grandi avec le numérique auraient des compétences numériques quasi innées avec les ordinateurs, Internet, les jeux vidéo ainsi que des caractéristiques particuliÚres comme la capacité à faire plusieurs choses à la fois.
La question des compĂ©tences numĂ©riques est souvent balayĂ©e dans le milieu Ă©ducatif, mĂȘme dans la formation pour adultes : faut-il des compĂ©tences spĂ©cifiques pour utiliser un outil numĂ©rique Ă des fins dâapprentissage, suivre une formation hybride ou un cours en ligne ?
Dans cet article, je vous propose de dĂ©construire ensemble ce mythe des natifs du numĂ©rique â Ă©tendu aux adultes â et dâen tirer une sĂ©rie de bonnes pratiques Ă adopter dans vos propres formations.
La genĂšse d'un mythe : du digital native...
Dans le courant des annĂ©es 2000, la littĂ©rature scientifique et les magazines gĂ©nĂ©ralistes ont vu apparaĂźtre diffĂ©rents termes visant Ă catĂ©goriser une gĂ©nĂ©ration ayant grandi au contact du numĂ©rique : "Millennials", "Net Generation", "Digital Native/Digital" ou encore "Generation Y".Â
Les personnes nées à partir de 1985, ayant grandi avec le numérique, auraient des caractéristiques communes qui les différencient des générations précédentes.
Plus prĂ©cisĂ©ment, Marc Prensky a dĂ©crit ces digital natives â en opposition aux digital immigrants (ceux qui ont dĂ©couvert le numĂ©rique Ă lâĂąge adulte) â comme une gĂ©nĂ©ration maĂźtrisant le numĂ©rique, capable de traiter rapidement lâinformation de maniĂšre multitĂąche, avide de liens hypertextes comme de gratification instantanĂ©e, prĂ©fĂ©rant le visuel au texte ainsi que les jeux au travail.Â
Ces caractĂ©ristiques entraĂźneraient des prĂ©fĂ©rences dâapprentissage diffĂ©rentes de celles proposĂ©es dans lâenseignement traditionnel, provoquant dĂšs lors une crise au sein de lâĂ©ducation.
MĂȘme si ces propos ne reposaient que sur de faibles fondements thĂ©oriques, peu de rĂ©sultats empiriques et de nombreuses considĂ©rations personnelles, ils ont connu un succĂšs mondial crĂ©ant une doxa, une croyance populaire non fondĂ©e, mais largement rĂ©pandue : du milieu scientifique Ă la presse quotidienne en passant par le monde de lâenseignement, tous partageaient et diffusaient lâimage de cette personne ayant grandi dans un environnement numĂ©rique, dotĂ© de compĂ©tences numĂ©riques innĂ©es et de nouveaux besoins.
⊠au digital naive
Des recherches plus rĂ©centes ont montrĂ© que la gĂ©nĂ©ration actuelle dâapprenantes nâĂ©tait pas aussi homogĂšne que dĂ©crite par Prensky.
Il nây a notamment aucune preuve suggĂ©rant que les Ă©tudiantes aient une connaissance profonde de la technologie. Au contraire, elles ont recours Ă des outils connus sans ĂȘtre en mesure dâidentifier le plus adaptĂ© Ă une tĂąche donnĂ©e.Â
LâhabiletĂ© des adolescentes sur certains outils ou dans certaines pratiques cache une mĂ©connaissance du fonctionnement de la technologie ; elles ne disposent que de compĂ©tences de surface Ă propos des outils numĂ©riques et ne peuvent, par exemple, pas mettre des mots sur ces usages qui paraissent si naturels. Ces compĂ©tences ne sont dâailleurs pas transfĂ©rĂ©es vers dâautres logiciels et, surtout, vers dâautres sphĂšres â acadĂ©mique et professionnelle.
Du cĂŽtĂ© des Ă©tudiantes universitaires, le constat est similaire : malgrĂ© une utilisation rĂ©guliĂšre des rĂ©seaux sociaux, elles ne connaissent pas toujours les autres mĂ©dias socionumĂ©riques â blogs, Wikis, signets, etc. â ou les logiciels intĂ©ressants pour lâapprentissage â outils de carte conceptuelle, outils dâĂ©criture collaborative, outils de gestion de projet, etc.Â
Une fracture au sein des natifs du numérique
Si la population des natifs du numĂ©rique nâest ni homogĂšne, ni entiĂšrement techno-compĂ©tente, les faiblesses que je viens de dĂ©crire ne sont, quant Ă elles, pas gĂ©nĂ©ralisables Ă lâensemble des jeunes.
En effet, diverses recherches ont montrĂ© que les adolescentes ou les Ă©tudiantes universitaires avaient des usages diffĂ©rents du numĂ©rique en fonction de leur genre, de leur statut socio-Ă©conomique, de leur culture ou de leur diplĂŽme. Il existe donc une fracture au sein de la population des natifs du numĂ©rique, câest-Ă -dire un "fossĂ© sĂ©parant ceux qui bĂ©nĂ©ficient de lâaccĂšs Ă lâinformation numĂ©rique (les infos-riches) et les autres, ceux qui demeurent privĂ©s de contenus et des services que ces technologies peuvent rendre (les info-pauvres)".Â
Il est ainsi nĂ©cessaire de distinguer une fracture dite du âpremier degrĂ©â, câest-Ă -dire dans sa dimension matĂ©rielle â en termes de moyens, dâĂ©quipements et dâaccĂšs â et une fracture dite du âsecond degrĂ©â, intellectuelle et sociale, qui renvoie Ă des disparitĂ©s en termes de compĂ©tences et de connaissances pour lâusage des technologies et lâexploitation de leur contenu.
Parmi les adolescentes et Ă©tudiantes universitaires, il est devenu rare, quel que soit le milieu socio-Ă©conomique, que ces derniĂšres aient de rĂ©elles difficultĂ©s dâaccĂšs ou dâĂ©quipement Ă des infrastructures technologiques.
Par contre, la fracture sâĂ©tablit au second degrĂ© : si de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les jeunes maĂźtrisent les compĂ©tences relationnelles qui exigent un savoir-faire et un savoir-ĂȘtre des rĂšgles sociotechnique, leurs compĂ©tences techniques, câest-Ă -dire un savoir-faire technique et conceptuel, sont beaucoup moins dĂ©veloppĂ©es.
De la fracture aux inégalités : des différences entre les classes sociales
Il est essentiel de ne pas confondre de simples diffĂ©rences dâusages et des inĂ©galitĂ©s dans lâaccĂšs aux TIC et leur utilisation. En effet, lâabsence dâusage peut rĂ©sulter dâun choix assumĂ© pour certaines raisons, mĂȘme parmi les Ă©tudiantes.Â
Pour parler dâinĂ©galitĂ©s, il faut que lâexclusion soit effective et que ces diffĂ©rences crĂ©ent des phĂ©nomĂšnes de sĂ©grĂ©gation. Dans une sociĂ©tĂ© de plus en plus numĂ©rique, les inĂ©galitĂ©s entre Ă©lĂšves ou entre Ă©tudiantes deviennent de plus en plus importantes : face aux difficultĂ©s techniques, certaines jeunes vont pouvoir faire appel Ă une aide extĂ©rieure permettant de les aider, de les aiguiller, voire de transmettre des connaissances ; dâautres nâauront pas cette possibilitĂ©. En effet, "lâaide intergĂ©nĂ©rationnelle est inĂ©gale en fonction des familles [âŠ] lâusage raisonnĂ© des TIC nâest pas toujours transmis". En dâautres termes, certaines familles, issues de milieux socio-Ă©conomiques favorisĂ©s, vont ĂȘtre capables de transmettre un âcapital numĂ©riqueâ Ă leurs enfants alors que dâautres seront dans l'incapacitĂ©, crĂ©ant ainsi une sĂ©grĂ©gation des jeunes dans leurs recours au numĂ©rique.Â
Ce phĂ©nomĂšne sâobserve dans lâenseignement supĂ©rieur oĂč les Ă©tudiantes recourent Ă des outils et services numĂ©riques dans le but de crĂ©er, voire dâorganiser, leur environnement personnel dâapprentissage (EPA) en dehors des ressources fournies par lâinstitution. Toutefois, si un EPA peut entiĂšrement ĂȘtre Ă©laborĂ©, contrĂŽlĂ© et adaptĂ© par lâapprenante en fonction de ses besoins dâapprentissage â formels ou informels â, toutes les Ă©tudiantes ne possĂšdent pas les compĂ©tences nĂ©cessaires Ă une gestion optimale de cet environnement.
Les Ă©tudiantes, Ă leur entrĂ©e dans le supĂ©rieur, nĂ©cessitent aide et intervention pĂ©dagogique afin de choisir les outils adĂ©quats en vue dâatteindre leurs objectifs dâapprentissage. NĂ©anmoins, ce soutien nâest que rarement fourni dans les universitĂ©s â et doit-il lâĂȘtre Ă ce niveau ? â alors que les cursus de celles-ci sâappuient de plus en plus sur le numĂ©rique : cours alliant travail en prĂ©sentiel et en ligne, travaux Ă faire collaborativement sur Internet, maĂźtrise de la recherche dâinformations numĂ©riques, etc. Ces compĂ©tences implicites, mais nĂ©cessaires au mĂ©tier dâĂ©tudiante deviennent, dĂšs lors, un nouveau facteur de rĂ©ussite ou dâĂ©chec Ă lâuniversité â NDLR : le constat Ă©voquĂ© dans lâarticle de La Libre.
Pour une intégration de la littératie médiatique dans les programmes scolaires
La littĂ©ratie mĂ©diatique est "lâensemble des compĂ©tences caractĂ©risant lâindividu capable dâĂ©voluer de façon critique et crĂ©ative, autonome et socialisĂ©e dans lâenvironnement mĂ©diatique contemporain".
Pour rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s numĂ©riques, la littĂ©ratie mĂ©diatique se devrait dâĂȘtre intĂ©grĂ©e pleinement dans les programmes scolaires dĂšs le plus jeune Ăąge et de maniĂšre transversale, câest-Ă -dire sans en faire un âobjet scolaireâ Ă part.Â
Lâavantage de cette littĂ©ratie mĂ©diatique est de dĂ©passer les compĂ©tences centrĂ©es sur la technique et les contenus pour prendre en compte les dimensions informationnelle et sociale des objets mĂ©diatiques.Â
LâĂ©cole se doit de prendre conscience quâen matiĂšre dâĂ©ducation au numĂ©rique, son immobilisme et sa rĂ©sistance au changement engendrent au fil du temps de plus en plus dâinĂ©galitĂ©s entre les Ă©lĂšves.
LâintĂ©gration de la littĂ©ratie mĂ©diatique permettrait de crĂ©er les conditions dâune autonomie consciente, choisie et rĂ©flexive des Ă©lĂšves vis-Ă -vis des mĂ©dias numĂ©riques en proposant une Ă©ducation par, avec et aux mĂ©dias numĂ©riques.
Sept ans plus tard, quelques réflexions complémentaires
Sept ans aprÚs la premiÚre version de cet article, la situation n'a pas changé.
Ă la lecture des recherches rĂ©centes ou par le biais de sondage lors de mes confĂ©rences, jâobserve que le mythe des natifs du numĂ©rique persiste dans la sphĂšre Ă©ducative. Lâarticle rĂ©cent de La Libre ne fait que mettre en exergue un phĂ©nomĂšne trop peu visible depuis longtemps.
Selon moi, ce mythe est notamment entretenu par deux biais de perception chez les actrices de lâĂ©ducation et de la formation. D'une part, elles distinguent difficilement les usages de surface du numĂ©rique de leurs apprenantes et les usages en profondeur. Le temps d'usage important des outils combinĂ© une habiletĂ© sur certaines tĂąches spĂ©cifiques amĂšnent Ă une extrapolation des compĂ©tences des apprenantes. D'autre part, l'influence du milieu familial amĂšne souvent les enfants d'enseignantes Ă dĂ©velopper un "capital numĂ©rique". L'observation de leurs enfants pousse les enseignants Ă un biais de gĂ©nĂ©ralisation.
Par ailleurs, la situation dans les classes elle-mĂȘme n'a pas rĂ©ellement changĂ©. Les Ă©coles de lâenseignement fondamental et de lâenseignement secondaire de la FĂ©dĂ©ration Wallonie-Bruxelles ne rĂ©pondent toujours pas prescrits lĂ©gaux, câest-Ă -dire "prĂ©parer tous les Ă©lĂšves Ă ĂȘtre des citoyens responsables, capables de contribuer au dĂ©veloppement dâune sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique". En effet, les compĂ©tences numĂ©riques des enfants et adolescentes ne sont pas suffisantes pour quâelles deviennent des citoyennes capables de comprendre leur environnement et dâagir consciemment au sein de celui-ci.
MalgrĂ© de nombreuses initiatives d'enseignants et d'associations, une stratĂ©gie numĂ©rique pour l'Ă©ducation ou encore quelques millions d'euros dĂ©pensĂ©s, les rĂ©ponses systĂ©miques pour dĂ©velopper les compĂ©tences numĂ©riques des Ă©lĂšves dans l'enseignement obligatoire restent faibles.Â
Certes, en Belgique, le Pacte pour un Enseignement d'Excellence apporte des pistes prometteuses : l'Ă©ducation au numĂ©rique va prendre une place dans le tronc commun, et faire son entrĂ©e dans le rĂ©fĂ©rentiel de "Formation manuelle, technique, technologie et numĂ©rique". En rĂ©sumĂ©, les Ă©lĂšves Ă partir de la troisiĂšme primaire seront sensibilisĂ©s au numĂ©rique, au moins jusqu'Ă la troisiĂšme secondaire. NĂ©anmoins, comme tout texte politique, les transpositions pratiques laissent entrevoir des questions fondamentales encore non rĂ©solues : qui formera les enseignantes, actuelles et futures, aux compĂ©tences nĂ©cessaires pour dĂ©velopper celles de leurs Ă©lĂšves ? Que propose-t-on aux milliers dâenfants scolarisĂ©s actuellement qui, dâici 2032, nâauront reçu quasi aucune formation au numĂ©rique ? Qui Ă©valuera lâefficacitĂ© des pratiques mises en place pour les amĂ©liorer au fur et Ă mesure ?
Et surtout : que fait-on pour la population adulte ? Les compĂ©tences numĂ©riques sont Ă©galement peu prises en compte dans la formation professionnelle. Il nâest pas rare que des travailleuses doivent suivre une formation hybride ou en ligne sans quâil y ait une rĂ©flexion sur leur capacitĂ© Ă apprĂ©hender adĂ©quatement les mĂ©dias, ressources et activitĂ©s qui composent ces dispositifs.
Pourtant, un rapport dâAgoria montrait dĂ©jĂ en 2018 que la numĂ©risation du monde du travail nĂ©cessiterait une mise Ă niveau proactive des compĂ©tences digitales et connexes de 4,5 millions de travailleuses â soit la quasi-totalitĂ© d'entre elles.
Au-delĂ d'une nĂ©cessitĂ© "pour l'emploi de 2030", il y a, de mon point de vue, une nĂ©cessitĂ© "pour exercer sa citoyennetĂ© aujourd'hui" qui m'apparaĂźt encore plus essentielle.Â
Que faire en tant quâactrice de lâenseignement ou de la formation ?
En attendant des changements systĂ©miques, je vous partage quelques pistes dâaction Ă lâĂ©chelle individuelle pour prendre en compte les compĂ©tences numĂ©riques de vos apprenantes dans vos expĂ©riences dâapprentissage.
Ăvaluer la pertinence dâutiliser le numĂ©rique dans votre formation : le numĂ©rique nâest pas la condition absolue dâune bonne formation (oui, ça peut ĂȘtre bien de le rappeler par moments). Il peut ĂȘtre intĂ©ressant de prendre du recul pour Ă©valuer le coĂ»t bĂ©nĂ©fice du recours Ă un outil, logiciel ou mĂ©dia : les plus-values pour vos pratiques pĂ©dagogiques et/ou les pratiques dâapprentissage de vos apprenantes sont-elles supĂ©rieures aux coĂ»ts (dâapprentissage, dâusage, financiers) ? Dans une Ă©dition prĂ©cĂ©dente, jâenvisageais mĂȘme dâopter pour une sobriĂ©té : enseigner mieux avec moins dâoutils â eux-mĂȘmes soigneusement sĂ©lectionnĂ©s.
Anticiper les compĂ©tences numĂ©riques, mĂ©thodologiques et conditions des participantes pour suivre la formation : une sĂ©rie de questions Ă se poser concernant les compĂ©tences des participantes en amont dâune formation en prĂ©sentiel intĂ©grant du numĂ©rique, dâun dispositif hybride ou dâun cours Ă distance :Â
Quelles sont les compĂ©tences numĂ©riques des participantes par rapport aux mĂ©dias de ma formation ? Ont-elles lâhabitude de les utiliser ? Ont-elles besoin de soutien ?
Comment les participantes apprennent-elles, habituellement, de nouvelles choses ? Quelles sont leurs compétences méthodologiques pour suivre une formation et résoudre des problÚmes ?
De quel matériel les participantes disposent-elles pour suivre la formation ? Est-il en adéquation avec les activités que vous allez proposer ?
En dâautres termes, nâutilisez pas de numĂ©rique si votre public nâa pas les compĂ©tences, les habitudes dâusage / la mĂ©thodologie ou le matĂ©riel adaptĂ© Ă votre idĂ©e dâexpĂ©rience dâapprentissage.
DĂ©velopper les compĂ©tences numĂ©riques : des plateformes comme Pix permettent de dĂ©velopper des compĂ©tences numĂ©riques spĂ©cifiques. Vous pouvez ainsi choisir de dĂ©velopper certaines compĂ©tences que vous mobilisez lors dâune formation ou dâun cours. Pix offre Ă©galement la possibilitĂ© de faire un Ă©tat des lieux des compĂ©tences des participantes.
Accompagner les apprenantes dans la maĂźtrise de leur environnement numĂ©rique dâapprentissage : durant votre formation, dĂ©finir de moments de dĂ©monstration et dâapprentissage des outils numĂ©riques, proposer des tutoriels pour les participantes, crĂ©er un espace de support technique pour poser leurs questions, etc.
Faciliter lâusage des ressources, outils et activitĂ©s numĂ©riques : les ressources, mĂ©dias et activitĂ©s numĂ©riques doivent ĂȘtre âfaciles dâutilisationâ pour que les participantes sây engagent. Une vidĂ©o trop longue, une ressource textuelle qui ne peut pas ĂȘtre annotĂ©e ou un mĂ©dia complexe Ă prendre en main engendre une perte de motivation des apprenantes, voire une absence dâengagement dans la tĂąche.
PrĂ©senter aux apprenantes lâutilitĂ© des ressources et activitĂ©s numĂ©riques : des activitĂ©s perçues comme utiles, importantes ou intĂ©ressantes par les participantes augmenteront leur motivation Ă sây impliquer et Ă dĂ©passer les difficultĂ©s initiales de prise en main. Pensez Ă toujours proposer des consignes explicites, des rĂšgles dâutilisation et peut-ĂȘtre des exemples dâusage.

Trois lectures pour continuer à explorer la thématique :
DĂ©couvrir le dossier âAu cĆur des inĂ©galitĂ©s numĂ©riques en Ă©ducation, les inĂ©galitĂ©s socialesâ
Lire lâarticle âDigital natives : dĂ©mythifier le mythe des « natifs vs immigrants » du numĂ©riqueâ
Plonger dans lâĂ©tude âThe myth of the digital native: Why it persists and the harm it inflictsâ de Rebecca Eynon

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Merci pour cette approche Ă la fois concise et exhaustive de ce fameux mythe!